Jeanne CLERET, ancienne dunoise,
a désigné la ville de Châteaudun
légataire d’une partie de ses biens
Lors du conseil municipal du 26 juin 2025 les élus dunois ont accepté le legs de Jeanne CLERET décédée le 18 juin 2023 à Chevreuse dans les Yvelines. En l’absence d’héritier réservataire la défunte, aux termes d’un testament olographe, a légué à la ville de Châteaudun une partie de son patrimoine, à savoir un appartement et deux garages situés en Isère, ainsi que divers comptes bancaires pour un montant d’environ 303.000 €uros. Un notaire de Châteaudun a dressé un état du passif de la testatrice qui s’élève à un peu plus de 9000 €uros.
Se pose maintenant la question de savoir quelle sera l’affectation de ce legs dont le montant est loin d’être négligeable.
A cette interrogation le maire a répondu (cf. l’Echo Républicain, édition du 28 juin 2025) : « l’ancienne dunoise n’a donné aucune directive particulière dans son testament. Cet argent va rentrer dans les caisses de la commune en fonctionnement. Après on peut débattre de son utilisation. On accepte ce legs et on remerciera peut-être Jeanne Cléret par une plaque. On pourrait donner son nom à une rue dans les futurs lotissements. » (sic)
Quelques jours auparavant c’est le conseil municipal de Saint-Denis-les-Ponts qui a eu, lui aussi à statuer sur un legs, comme mentionné dans le procès-verbal publié le 16 juin 2025 :
« Monsieur le Maire informe les membres présents d’un courrier reçu de Maître AMBROSI, notaire à Châteaudun, l’informant que l’étude est en charge du règlement de la succession de Madame Jeanne CLERET.
En vertu d’un testament olographe en date du 7 mai 1999, celle-ci a institué à la commune légataire à titre universel, de la moitié indivise en toute propriété d’une maison sise 14 ruelle de Saint Avit à SAINT-DENIS-LANNERAY, et la toute propriété d’une parcelle sise lieudit « Saint Avit » cadastrée AD N°252 Pour une contenance de 12 à 39 ca. »[1]
Jeanne Hélène CLERET est née à Châteaudun, 1 rue Nationale[2], le 6 janvier 1922, en la demeure de ses parents, Maurice Lucien CLERET, cordonnier, âgé de 37 ans et Renée Andrée BELLANGER, sans profession, âgée de 32 ans. L’acte de naissance établi le lendemain, consigne la déclaration faite par le père, en présence de Gustave Désiré BELLANGER, charpentier domicilié à Saint-Denis-les-Ponts, grand-père de l’enfant et de Raoul Marcel GRILLON, boulanger, domicilié à Châteaudun.
- Maurice Lucien CLERET, son père, est né à Etampes (Seine et Oise[3]) le 22 septembre 1889. La fiche matricule[4] de recensement militaire indique qu’il est inscrit sous le numéro 97 de la liste du canton d’Etampes. Incorporé en octobre 1910 au 131° Régiment d’Infanterie et immatriculé sous le numéro 2392, il arrive au corps le 5 octobre 1910. Un certificat de bonne conduite lui a été accordé et il est passé dans la disponibilité le 25 septembre 1912. Rappelé à l’activité militaire suite à la mobilisation générale, Maurice Lucien CLERET rejoint le 131° régiment d’Infanterie et passe au 113° régiment d’Infanterie le 7 octobre 1915. Blessé en Argonne[5] le 28 janvier 1915. Il sera nommé Caporal le 13 mai 1916. A nouveau blessé à la Fille Morte le 5 juillet 1916, Maurice Lucien CLERET est évacué suite à la perte de la vision de l’œil droit par éclat d’obus, puis renvoyé en congé illimité le 14 février 1917. Cité à l’ordre du 113° Régiment d’Infanterie le 19 mars 1917, Maurice Lucien CLERET est décoré de la Croix de Guerre avec palme. De retour à Châteaudun dès 1919, il reprend son métier de cordonnier.
- Renée Andrée BELLANGER, sa mère, est née le 26 janvier 1894, à Saint-Denis-les-Ponts (Eure et Loir). C’est son père, Gustave Désiré BELLANGER, âgé de 33 ans, menuisier, domicilié au lieu-dit de Saint Avit, en cette commune, qui vient déclarer la naissance. Il est accompagné de Edmond Théophile BELLANGER, couvreur, oncle de l’enfant et de Louis François BELLANGER, rentier, cousin issu de germain.
De cette union était déjà né le 9 août 1914, lieu-dit de La Samaritaine à St Denis-les-Ponts, au domicile de Gustave Désiré BELLANGER, charpentier, père de l’épouse, un premier enfant, prénommé Paul Lucien. Maurice Lucien CLERET, ayant été mobilisé, ce fut donc à son aïeul maternel que revint l’obligation de procéder à la déclaration de naissance et d’apposer sa signature sur le registre communal d’état-civil, en présence d’Ernest Firmin BELLANGER, grand oncle maternel et de Léon THOMAS, ami de la famille. Paul Lucien CLERET épousa le 21 juin 1947 à la mairie de Viroflay (Yvelines) Odile Camille CHAUMETTE.
Elevée dans une famille où la curiosité intellectuelle était encouragée, Jeanne CLERET a développé très tôt un intérêt pour la science. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, et dans les années qui ont suivi, période troublée s’il en est, dans un monde en pleine mutation, marqué par des tensions politiques et sociales, elle s’affirme et entame des études dans le domaine de la science et de la physique. Avec opiniâtreté Jeanne CLERET va en gravir les échelons jusqu’à intégrer dans les années 1970/1975 l’E.N.S.I.M.A.G.[6] Par la suite elle sera assistante en informatique et il semblerait qu’elle ait travaillé pour le C.N.R.S.[7] sous la direction de Madame Benchetrit.
La vie personnelle de Jeanne CLERET a été marquée par des périodes douloureuses comme la perte de son fiancé décédé dans un accident de voiture. De cet évènement tragique elle a gardé une blessure profonde au point qu’elle ne s’est jamais mariée. Par ailleurs, selon ses proches, il n’était pas rare, de la trouver chaque année à la même date, prostrée et recluse, au seul souvenir d’un si sombre anniversaire.
Maurice Lucien CLERET, son père, est décédé le 19 mars 1964, 83 Boulevard de l’Hôpital (Hôpital de la Salpêtrière) à Paris 13ème. Il était alors concierge avec sa femme au 128 Boulevard Davout à Paris 20ème arrondissement.
Jeanne CLERET dut s’occuper de sa maman, venue la rejoindre, à Saint-Martin-d’Hères (Isère)[8] où elle habitait.
Renée Andrée BELLANGER, épouse de Maurice Lucien CLERET s’est éteinte à l’hôpital de La Tronche (Isère)[9] le 24 avril 1992.
En 2012 Jeanne Cleret a pris la décision de quitter Saint-Martin-d’Hères pour revenir dans sa région d’origine, n’hésitant pas, à 90 ans, de faire l’acquisition à Châteaudun d’une propriété avenue Florent d’Illiers. Elle avait coutume de dire, avec une certaine ironie, qu’en ouvrant la fenêtre elle pouvait encore voir la cordonnerie de ses parents. Les dunois ou ceux qui connaissent Châteaudun jugeront…
Jeanne CLERET a vécu à Châteaudun une dizaine d’années avant de rejoindre l’E.H.P.A.D.[10] de Chevreuse (Yvelines) où elle est décédée le 18 juin 2023.
L’attachante et généreuse bienfaitrice a été inhumée aux côtés de ses parents dans l’ancien cimetière de Saint-Denis-Lanneray.[11]
Hubert LIMET
[1] Transcription donnée dans sa formulation exacte.
[2] Actuelle rue du Maréchal Lyautey.
[3] Le 1er janvier 1968, après le démembrement du département de seine et Oise, la commune d’Étampes est intégrée au nouveau département français de l’Essonne.
[4] Numéro de matricule de recrutement : 5135
[5] L’Argonne est le front oriental des batailles de Champagne notamment de décembre 1914 à mars 1915 puis en septembre-octobre 1915.
[6] L’Ecole Nationale Supérieure d’Informatique et de Mathématiques Appliquées, aujourd’hui située sur le domaine universitaire de Grenoble, sur le territoire de la commune de Saint-Martin-d’Hères a été fondée en 1960 par le mathématicien Jean Kuntzmann. Elle est spécialisée en informatique, mathématique et télécommunication.
[7] Centre Nationale de la Recherche Scientifique.
[8] Saint-Martin-d’Hères est une commune limitrophe de Grenoble.
[9] La Tronche est une commune limitrophe de Grenoble.
[10] Etablissement d’Hébergement pour Personnes Adultes Dépendantes
[11] 1er carré droit, 20ème rang, 3ème tombe

Bonjour,
Suite à l’hommage rendu à Jeanne Hélène CLERET qui était la nièce de ma grand-mère maternelle Lucie CLERET épouse BELLANGER, sœur de Maurice Lucien CLERET, je tiens à vous adresser un immense merci, et principalement à Monsieur Hubert LIMET, avec qui, mon cousin François JORIS et moi-même, avons eu de nombreux contacts pour retracer la vie de Jeanne.
Madame,
Merci beaucoup à vous et votre cousin de m’avoir accompagné pas à pas dans cette démarche.
J’aurais voulu faire plus et être plus complet/précis dans les éléments de vie de Jeanne CLERET, mais les différentes sollicitations auprès d’une de ses nièces, qui l’a accompagnée dans les dernières années de sa vie, sont restées sans réponse à ce jour.
Merci de m’avoir accordé votre confiance.
Bonjour,
Je finis la lecture de l’article sur Jeanne Cléret : très intéressant. Elle est née 1 rue Nationale, c’est l’actuel bâtiment de la mairie ? Et sait-on quelle est la propriété qu’elle a acquise rue du Mal Lyautey à la fin de sa vie ?
Merci et bravo !
Brus Pascale,
Merci de vos commentaires. Depuis la parution de cet article d’autres éléments nous sont parvenus. Nous avons donc remis à jour l’article. Ainsi Jeanne CLERET a vécu, non pas Rue du Maréchal Lyautey comme sa réflexion pouvait le laisser penser, mais Avenue Florent d’Illiers.
Merci à toute l’équipe pour tous ces partages d’informations qui sont toujours des Trésors !
Alice BAUDET merci.