La Société Dunoise vous propose de revenir sur d’anciens articles qui ne figurent pas encore sur le site de la BNF.
Nous vous présentons là de larges extraits d’un article écrit par Messieurs Albert SIDOISNE et Henri BAUDET qui figure dans le bulletin de l’année 1936 (tome XVII pages 33-40)

« De quelques « grognards » de l’Empire, originaires du Pays Dunois :
– Jacques Vincent Deniau (Châteaudun) ;
– François Martin Thurellier (Conie-Molitard) ;
– Alexandre Vincent Bourgeois (Châteaudun) ;
– Jean-Léopold Honoré Dauger (Châteaudun) ;
– Louis Coursimault (Langey) ;
– Honoré André Lejeune (Bonneval), lequel deviendra bibliothécaire de la ville de Chartres ;
– Michel-Honoré Salmon (Bonneval) »

La liste des Dunois qui prirent part aux guerres de la Révolution et de l’Empire et s’illustrèrent dans le métier des armes en suivant celui qui les conduisit aux quatre coins de l’Europe, « sans espoir de duchés ni de dotations », serait fort longue sans doute. Parmi tant de héros, quelques-uns se distinguèrent particulièrement ; leurs noms et leurs faits d’armes méritent d’être conservés :

 

JACQUES-VINCENT DENIAU

C’est Jacques-Vincent Deniau qui meurt, âgé de soixante-quatre ans, en 1852, chevalier de la Légion d’honneur et ancien grenadier du bataillon de l’Île d’Elbe ; il était tambour-major de la garde nationale de Châteaudun et, à son enterrement, les honneurs militaires lui sont rendus par un détachement du 6e lanciers, alors en garnison dans la ville.

 

FRANÇOIS-MARTIN THURELLIER

François-Martin Thurellier est né à Conie le 21 mars 1778 ; malgré sa petite taille, il trouve le moyen de s’engager au 101e régiment d’infanterie le 29 juillet 1799 ; il prend part aux campagnes du Rhin ; à Marengo, il est blessé d’une balle et passe huit ans en Italie, blessé une deuxième fois à Gaète pendant le siège de 1806. Il fait la guerre d’Espagne en 1811-1812 et reste un des rares survivants de son régiment, qui est également très éprouvé à Lützen et à Bautzen. Thurellier est au nombre des 84 braves restant des 12 000 hommes qui le composaient ; il était alors sous-lieutenant et fut décoré de la Légion d’honneur sur le champ de bataille. En 1814-1815, il est à l’armée du Rhin. La Restauration le fait chevalier de Saint-Louis (17 août 1822). Capitaine au 45e de ligne, en 1823, pendant la campagne d’Espagne, il entre le premier en tête de sa compagnie dans les forts de la Seu-d’Urgel. Mais ses infirmités et ses blessures ne lui permettent pas de continuer le métier des armes ; il prend sa retraite en 1823 et meurt à Châteaudun, âgé de soixante-dix-neuf ans, le 6 février 1858, comme capitaine honoraire de la compagnie de pompiers.

 

ALEXANDRE-VINCENT BOURGEOIS

Bourgeois (Alexandre-Vincent), de Châteaudun, où il est né le 6 janvier 1771, a des états de service encore plus remarquables.

[…]

 

JEAN-LEOPOLD-HONORE DAUGER

Dauger (Jean-Léopold-Honoré), aussi né à Châteaudun, le 7 mars 1768, a eu une vie militaire encore plus mouvementée ; car engagé volontaire au bataillon auxiliaire des colonies à l’âge de seize ans, il est incorporé à son arrivée à l’Île Bourbon ; sergent le 1er novembre 1787 au régiment de Pondichéry.

[…]

 

LOUIS COURSIMAULT

Né le 29 juillet 1772, à Langey (Eure-et-Loir). Fils de Léonard Coursimault, laboureur, et de Marie-Anne-Brigitte Pionnier.

Entré au service au 3e bataillon de volontaires nationaux le 14 mai 1793.

Passé au 2e bataillon du Finistère le 26 août 1793. Caporal le 12 pluviôse an II (31 janvier 1794). Passé par amalgames successifs aux 9e, puis 105e demi-brigades. Fourrier le 3 frimaire an VII (23 novembre 1798).
Passé à la 107e demi-brigade le 1er nivôse an VII (21 décembre 1798). Sergent le 1er germinal an IX (22 mars 1801).
Passé au 15e de ligne le 1er brumaire an XII (24 octobre 1803). Sergent-major le 19 février 1807. Adjudant sous-officier le 17 décembre 1810. Sous-lieutenant le 25 mars 1813. Lieutenant le 6 novembre 1813.
Passé au 1er régiment d’artillerie de la marine le 1er février 1814.Rentré au 15e régiment d’infanterie de ligne le 1er juillet. Retraité avec pension de 900 francs le 1er août 1815.

Campagnes :
1793 : armée du Nord.
Ans II, III, IV : Nord et Ardennes.
An V : Allemagne.
An VI : Suisse.
Ans VII, VIII, IX : Italie.
Ans XII, XIII : Côtes de l’Océan (embarqué).
An XIV, 1806 : Ibid.
1807 à 1812 : Espagne et Portugal.
1814 : Grande Armée.

Des représentants de la famille de Coursimault existent encore aujourd’hui à Dampierre, commune de Montboissier (Eure-et-Loir).

HONORÉ-ANDRÉ LEJEUNE

Né le 4 août 1772, à Bonneval (Eure-et-Loir). Fils de André-Louis Lejeune, marchand, et de Marie-Marguerite Maugars.

Entré au service et fait sergent au 4e bataillon de volontaires royaux, formé à Soissons le 5 septembre 1792. Sergent-major le 6 septembre…

[…]

 

MICHEL-HONORE SALMON

Né le 18 mai 1780, à Bonneval (Eure-et-Loir).

Fils de Michel Salmon, vigneron, et de Marie-Anne Crépin.

D’après une tradition de famille, Michel Salmon se serait engagé comme volontaire national « au pied de la pyramide de Montboissier » (voir ci-contre l’article Lejeune). Nous n’avons rien trouvé jusqu’ici qui puisse confirmer ni infirmer cette opinion. Voici les renseignements officiels :

Arrivé au 15e de ligne le 29 pluviôse an XI (18 février 1803).

Caporal le 15 fructidor an XI (2 septembre 1803)

Sergent le 26 novembre 1807. Cassé le 1er août 1809.

Caporal le 1er juin 1810.

Remis fusilier le 1er octobre 1812.

Rentré au corps le 18 juillet 1814.

Congédié à Brest le 24 septembre 1814.

Campagnes :

C’est au cours de la campagne d’Espagne que Salmon aurait été fait prisonnier.

De retour dans ses foyers, Michel Salmon épousa Julie-Vistoire Lecouflé, de Choisel (Seine-et-Oise). Il exerça les fonctions de garde champêtre de la commune de Bonneval et habitait alors au quartier Saint-Michel. Il passa ensuite à Versailles, où il mourut, le 22 décembre 1858, s’étant noyé, d’après la tradition, dans la pièce d’eau des Suisses.

De l’union de Michel Salmon naquirent six enfants ; Désirée-Honorée, du 8 mai 1832, fut la dernière ; Michel avait alors cinquante-deux ans.

Le quatrième, Pierre-Jules, né le 5 octobre 1826, devint professeur à Sainte-Barbe et fut un des plus fervents adeptes de l’Association polytechnique. Il était peintre, poète, écrivain et dessinateur remarquable ; il a laissé un certain nombre d’ouvrages classiques. Il mourut le 19 août 1866, à Fontenay-aux-Roses (Seine) (1).

Il eut un fils, aussi prénommé Jules, plus couramment connu, dans sa famille, sous le nom de Michel. Michel Salmon fut chef de bureau de l’Assistance publique à Paris ; il est l’auteur d’une « légende beauceronne » : Le Pont de l’Isle, parue dans l’Astrologue de la Beauce et du Perche, de 1869, et aussi en plaquette, tirée à 124 exemplaires (Chartres, Petrot-Garnier, 1868, 22 p. et gravure). Sur ses vieux jours, il s’adonnait aussi à la peinture (2).

Michel Salmon, soldat de l’Empereur, eut un frère et trois sœurs ; l’une d’elles, Marie-Madeleine, épousa Maurice Maupu, arrière-grand-père de M. Charles Maupu, maire de Bonneval et conseiller général du canton.

Nous avons relaté antérieurement, dans le Bulletin de la Société (3), le nom d’un de nos concitoyens : le colonel Girard, né à Saint-Jean, faubourg de Châteaudun, et qui mourut maire de Toulon ; nous reviendrons un jour sur ce héros des guerres napoléoniennes qui fut un brave parmi les braves.

Au cours de cette courte étude, nous n’avons cité qu’une bien faible partie des Dunois qui s’illustrèrent sous l’Empire ; nous espérons que petit à petit cette liste se complétera en faisant appel surtout aux souvenirs conservés dans les familles de la région. Combien de héros obscurs à remettre en lumière, acteurs de ce grand drame qui fait encore aujourd’hui et notre étonnement et notre admiration.

Albert SIDOISNE

et Henri BAUDET.

 

(1) Cf. Annuaire statistique, administratif, commercial et historique d’Eure-et-Loir, pour 1867, p. 217-219.

(2) La plupart des détails concernant Michel Salmon et sa famille nous ont été communiqués par ses arrière-petits-enfants, M. Lenoir, architecte, et Mme Lenoir, de Saint-Mandé (Seine). Qu’ils veuillent bien trouver ici l’expression de nos sincères remerciements.

(3) Séance générale du 26 novembre 1919.

La plupart des bulletins de cette série n’étant plus disponibles à la vente,le contenu de tout article, ayant préalablement fait l’objet d’une demande auprès de l’association, pourra néanmoins vous être adressé sous forme de copie numérisée (une participation aux frais de copie vous sera demandée).

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