Un sous-préfet attentionné
Châteaudun le 26 août 1908
Le Sous-Préfet de Châteaudun à Monsieur le Maire d’Arrou
M. Laya instituteur à Arrou se plaint de l’insalubrité du logement qu’il occupe dans le nouvel immeuble scolaire, deux pièces du 1er étage seraient inhabitables à cause de l’odeur qui les empeste.
Le fait aurait été constaté par vous même et vous auriez reconnu que ce logement n’était pas habitable. Cependant 4 mois se seraient écoulés depuis cette constatation et aucune mesure n’aurait été prescrite, ni prise pour y remédier.
Il paraît cependant qu’il ne s’agirait que de réparer une fuite qui existe au tuyau de descente des cabinets d’aisance.
Je vous prie, Monsieur le Maire, de bien vouloir me renseigner d’urgence sur l’exactitude des faits qui précèdent et me faire connaître, s’il y a lieu, pour quelles raisons les dispositions nécessaires n’ont pas été prises sans retard pour faire disparaître dans l’habitation de M. Laya toutes les causes d’insalubrité dont il se plaint.
Le Sous-Préfet
Hammond
(Hammond Georges Charles Albert, Sous-Préfet du 24 juillet 1907 au 7 novembre 1908, Aperçu de l’administration préfectorale, Société archéologique d’Eure-et-Loir, 2000)


Imaginerions-nous en 2026, un Sous-Préfet s’occupant des évacuations défectueuses du cabinet d’aisance d’un fonctionnaire ?
En août 1886, A. Dubouchage, architecte-géomètre de Châteaudun vend son cabinet à Henri Passard, lui aussi architecte-géomètre. Depuis 1881, Henri Passard est installé à Chartres, 6 rue aux Ormes. En 1886-1887 il est conjointement à Chartres 43 rue de Reverdy et à Châteaudun 38 place du 18 octobre, ensuite il exercera définitivement à Châteaudun 1 rue des empereurs, puis 11 rue de Jallans. (Voir « Châteaudun, de l’incendie à la belle époque, deux siècles d’urbanisme », p 160 et suivantes)
De 1902 à 1906, la commune d’Arrou fait construire un groupe scolaire sous la direction d’un architecte de Châteaudun, M. Léon Esnault successeur depuis 1902 à Henri Passard. Le maire d’Arrou a transmis cette lettre à M. Léon Esnault, et c’est ainsi qu’elle a été retrouvée dans les archives Passard-Esnault.
Le contexte est particulier, en dehors de l’esprit de corps qui est évident, nous sommes dans les années difficiles liées à la loi du 9 décembre 1905 qui met fin au Concordat et institue une séparation entre les Églises et l’État. Jusqu’en 1904 le maire d’Arrou est M. Ogier de Baulny Antoine, Charles, Marie, (1826-1913), habitant le château de la Grande-Forêt et fondateur de l’école libre du village[1]. Il va être suivi par le Dr Revol Eugène, Alphonse Auguste, maire de 1904 à 1919. M. Laya Lucien et son épouse Chevallier Augustine sont les instituteurs publics depuis 1904. Y-a t-il un conflit entre le maire et l’instituteur pour que celui-ci fasse appel au Sous-Préfet qui demande une réponse « urgente ».
(Lucien ROYNEAU)
[1] Renseignement du Cercle de recherches généalogiques du Perche Gouët

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