Un de nos sociétaires, Gilbert Amary, alors qu’il était maire de la commune, écrivait des chroniques qui venaient agrémenter le bulletin municipal de Romilly-sur-Aigre.
En voici une rédigée d’après « Les mémoires de l’abbé Boisgasnier ».

Marché à la volaille – RANF Richard
« LA DAME MÉDECINE »
Le 21 août 1728, c’était jour de marché à Cloyes. A son retour, une femme de Saint-Calais se trouva mal et tomba en léthargie non loin du Jonchet. Aussitôt, des domestiques secoururent la pauvre femme et l’emmenèrent auprès de Madame de Pleurre. Celle-ci avait auprès d’elle une dame Aubry venue lui rendre visite. Cette dernière se piquait de médecine. Sans être passée par la Faculté, elle avait appris à préparer des onguents pour soigner les plaies. Elle donnait même des ordonnances à certains malades. Elle prit donc, avec le consentement de Madame de Pleurre, les choses en main.
« Madame J’ordonne » (1) jugea fort opportun de faire venir le sieur Mothereau, chirurgien à Cloyes. S’ensuivit alors une querelle d’« experts ». Le chirurgien préconisait d’administrer un émétique (2) avant de pratiquer une saignée alors que la Dame Aubry prétendait faire l’inverse. Chacun présenta ses arguments et on discuta fort et longtemps. Pendant ce temps, la malade agonisait à l’endroit où on l’avait déposée.

Une décision fut finalement prise et c’est « Madame J’ordonne » qui eut gain de cause : ainsi, le professionnel s’inclina devant l’amateur. On pratiqua alors la saignée, laquelle ne donna que quelques gouttes de sang qui coulèrent sur le bras.
Puis, on prépara l’émétique que l’on essaya de faire boire à la patiente. Il fallut lui ouvrir la bouche de force tant ses mâchoires étaient serrées. Enfin, on réussit à faire couler le liquide dans le gosier et quelques secondes plus tard, la pauvre femme expira. Le liquide avait-il pris le mauvais conduit ? Avait-on trop tardé ?
Après cet exploit déplorable, le brave chirurgien rentra à Cloyes et les deux femmes, portant peut-être de charité chrétienne, se retournèrent à leurs travaux de fil, de laine et de soie (1) sans plus se soucier de ce qui convenait de faire pour la défunte.
Gilbert AMARY
(d’après « Les mémoires de l’abbé Boisgasnier »)
(1) L’expression est de l’abbé Boisgasnier
(2) Un émétique est un vomitif

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