A quelques jours de notre Assemblée Générale, nous vous présentons un extrait d’article tiré du bulletin « Tome I – 1864-1869 » de la Société Dunoise.

Depuis longtemps plusieurs personnes voyaient avec peine la dispersion et la destruction des objets anciens qui se trouvent en grand nombre dans l’arrondissement de Châteaudun. Quelques rares spécimens avaient été sauvés et déposés à la bibliothèque de Châteaudun où ils étaient conservés sans ordre et sans profit pour le public à cause de leur petit nombre, à cause aussi de
l’exiguïté du local dont cet établissement dispose.
L’organisation d’un Musée répondait à un désir public, mais il ne pouvait être fondé que par une Société particulière dont les membres seraient appelés à constituer un fonds social par des cotisations annuelles et à signaler les découvertes faites sur les différents points de l’arrondissement.
Cette idée émise par un honorable fonctionnaire de Châteaudun fut accueillie avec faveur par le regretté M. Grindelle, maire de Châteaudun, qui promit à la future Société un concours que la mort seule l’a empêché de rendre efficace. L’administration municipale de Châteaudun s’est généreusement efforcée de tenir la promesse de son chef et mérite à ce titre toute la reconnaissance de la Société naissante.
Dès le 15 septembre 1864 quelques adhésions purent être recueillies ; le nombre des adhérents augmentant de jour en jour, il devint possible de constituer régulièrement la Société qui était provisoirement administrée par un bureau composé de :
- DE BELFORT, sous-préfet, — Président.
- GRINDELLE, maire de Châteaudun, Vice-Président.
- RAYÉ DU PERRET, président du tribunal, Vice-Président.
- BALLET, inspecteur des contributions indirectes, Secrétaire.
- LECESNE (Henri), Secrétaire.
- BROSSIER-GÉRAY, Trésorier.
Le 29 novembre 1864, une assemblée générale des membres de la Société fut convoquée à Châteaudun et prit les résolutions mentionnées dans le procès-verbal rapporté ci-dessous.
PROCÈS-VERBAL
DE LA SÉANCE GÉNÉRALE DU 29 NOVEMBRE 1864.
La séance est ouverte à midi dans la salle des délibérations du conseil municipal, mise à la disposition de la Société par M. le Maire de Châteaudun.
Siègent au bureau : MM. de Belfort, sous-préfet ; Rayé du Perret, président
du tribunal ; Lemay, adjoint, faisant fonctions de maire de Châteaudun ; Ballet, inspecteur des contributions indirectes ; Lecesne (Henri) et Brossier-Géray.
Parmi les adhérents à la Société projetée, sont présents :
MM. Poulain de Bossay ; Boret ; Barbé ; Lucas (Edgar) ; Lucas (Alexis) ;
Moisant ; Desbans ; de Berly ; Lecesne (Aug.) ; Humery ; Gouin ; Groisy ; Perronne ; Lanauze ; Berger, maître de pension ; Deniau ; le marquis de Prunelé ; l’abbé Silly ; Harel ; de Tarragon (Raoul) ; Meunier ; Raimbert, médecin ; Danloux du Mesnil ; Jumeau ; Biard ; Sence.
M. de Belfort prend la parole pour expliquer le but de la Société. Il dit que le sol du pays dunois renferme en très grand nombre des vestiges des temps anciens ; beaucoup de médailles ; des objets mobiliers de toutes sortes ; des armes ; des bijoux se rattachant à l’histoire encore peu connue de la Gaule, à l’occupation romaine, à l’époque mérovingienne et aux temps bien moins reculés où les champs de la Beauce devinrent le théâtre de nos guerres intestines. Que tous ces débris pouvant aider à l’étude de l’histoire locale sont généralement détruits ; que ceux qui échappent à l’incurie ou à l’ignorance sont enlevés au pays par des étrangers et que son attention a dû s’arrêter d’autant plus sur ces actes regrettables que depuis quelque temps il a été fait dans l’arrondissement des découvertes importantes, notamment à Godonville, à la Touche, à Lutz, dont presque tout le fruit a été perdu. Il cite entre autres une cave gallo-romaine, pourvue d’une foule de poteries qui a dis- paru sous les coups d’un ouvrier, parce qu’ayant trouvé plusieurs vases remplis de médailles romaines, il avait cru de son intérêt de faire disparaître les traces de sa découverte. […]
[…]
M. Poulain de Bossay ayant interrompu M. de Belfort pour le prier de dire à l’assemblée s’il devait entrer dans les vues de la Société projetée de se poser en rivale de la Société archéologique d’Eure-et-Loir, M. de Belfort s’est empressé de répondre qu’il se garderait bien de conseiller une semblable attitude à la Société nouvelle ; qu’il fallait, au contraire, afin de ne pas manquer le but qu’on désirait atteindre, que la Société Dunoise se considérât en quelque sorte comme une annexe de cette Société archéologique ; que du reste il avait déjà personnellement fait part de cette intention à l’honorable M. de Saint-Laumer, président de la Société archéologique d’Eure-et-Loir et qu’il en avait reçu, avec des paroles d’encouragement, la promesse d’un concours actif.
L’assemblée qui avait prêté une attention sympathique à l’interrogation a accueilli la réponse avec une satisfaction unanime.
Après une discussion à laquelle MM. Harel, Moisant et de Belfort prennent part, il demeure arrêté que la Société devra borner son action à recueillir tout ce qui présenterait de l’intérêt au point de vue de l’histoire, des sciences et de l’art, pour en former un Musée dans lequel les jeunes gens désireux de s’instruire pourraient trouver des sujets d’études, et les étrangers une distraction aussi agréable qu’utile. […]
[…]
ARRÊTÉ AUTORISANT LA SOCIÉTÉ DUNOISE.
Nous, Préfet d’Eure-et-Loir, officier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur ;
Vu les statuts de la Société archéologique récemment formée à Châteaudun sous le titre de Société Dunoise ;
Vu la demande tendant à obtenir notre autorisation pour cette Société ;
Vu le décret du 25 mars 1852, qui déclare applicables aux réunions publiques, de quelque nature qu’elles soient, les articles 291, 292 et 294 du Code pénal, ainsi que les articles 1, 2 et 3 de la loi du 10 avril 1834 sur les associations ;
Arrêtons :
Art. 1er. — L’association archéologique formée à Châteaudun, sous le titre de Société Dunoise, est autorisée.
Art. 2. — Ampliation du présent arrêté sera transmise à M. le Sous-Préfet de Châteaudun qui est chargé d’en assurer l’exécution.
Chartres, le 21 décembre 1864.
Pour le Préfet empêché :
Le conseiller secrétaire général délégué,
Barbier.
L’intégralité de cet article écrit par Auguste DELFAU de BELFORT est consultable sur le site de la B.N.F.

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