
Labourage – Charles Émile JACQUE
Une nouvelle Chronique rédigée par Gilbert AMARY d’après « Les mémoires de l’abbé Boisgasnier »
Saint-Calais ne semble pas être, malgré les apparences, et depuis toujours, un hameau paisible (mais est-ce vraiment le seul hameau dans ce cas ?). Il s’y passe toujours quelque chose. Des événements dramatiques ou cocasses ; des événements suscitant la solidarité, parfois ; des événements pas toujours très glorieux, voire minables … même encore de nos jours.
Les faits que nous allons raconter se passent dans les années 1820 et mettent face à face deux cultivateurs de Saint-Calais et la municipalité de Romilly. Nous allons être confrontés à la cupidité et la mauvaise foi des premiers et à la revendication légitime de la seconde.
La commune possédait une pâture qui était mitoyenne d’une parcelle cultivée par les frères Huchet. Cette pâture n’était pas bien grande : 7 ares 20 centiares et était en jachère depuis quelques années. Du moins dans les principes, car dans les faits, une grande partie en était régulièrement labourée, entretenue et exploitée.
Il était notoire que les frères Huchet empiétaient régulièrement chez leurs voisins : un tour de charrue par-ci, un tour de charrue par-là … « Tu ne m’as pas vu ? Je t’embrouille… ». Le bien de la commune fut rapidement annexé. Ces deux frères profitaient ainsi de l’inertie des élus. Jusqu’au jour où la municipalité décida, enfin, de mettre les moyens pour récupérer cette parcelle.
Cette terre avait vocation à être affermée. C’est ce que la municipalité avait voulu faire en 1826 par criée publique mais personne n’avait manifesté son intention de louer, même pas les frères Huchet pourtant pressés ce jour-là. Ils auraient préféré qu’on leur laisse la parcelle contre une petite somme d’argent … Vraiment une toute petite somme… Pour rien, c’est été encore mieux…
Quelque temps plus tard, afin d’en finir avec cette affaire qui commençait à faire beaucoup de bruit, le maire convoque François Huchet et lui demande d’exposer ses intentions exactes.
La réponse est on ne peut plus claire et ne manque pas de mauvaise foi.
« Cette pièce de terre n’est utile à personne et n’a point de maître. Je me suis donné la peine de la défricher et de l’ensemencer, donc je la garde. De plus, mes voisins se moqueraient de moi si je cédais maintenant.»
En effet, il s’était vanté auprès d’eux que jamais il ne rendrait cette terre, quoi que fasse le maire et les élus. Il avait donc peur de perdre la face. Décidément, où va se placer l’orgueil … ?
Gilbert AMARY

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